En route vers une plantation réussie du rosier…

J.J.Claustriaux, Président du Jury permanent
P. Lauwers, Responsable technique
Royal Concours International de Roses Nouvelles du Roeulx
Février 2017

Préambule

Cette chronique présente les étapes essentielles de la plantation d’un rosier, opération qui ne se réduit pas au simple creusement d’un trou dans le jardin !

La note concerne le rosier à racines nues, même si quelques considérations sont aussi évoquées pour la plantation d’un rosier acheté en pot ou en conteneur, c’est-à-dire avec une motte.

Enfin, la description reprise ci-après s’inspire de la méthode de plantation des rosiers telle qu’elle est pratiquée dans les Jardins de Saint-Jacques (Le Roeulx). Quant aux auteurs des illustrations, ce sont ceux de cette chronique.

Etape 1 : les préalables

1° Avant l’achat d’un rosier, il faut réfléchir au choix de la variété à planter en fonction des souhaits, de l’emplacement disponible et de la période de plantation.

En effet, l’acquisition d’un rosier représente un investissement financier, surtout si l’achat concerne de nombreux pieds, en particulier d’une nouvelle variété. Le rosier étant une plante pérenne dont l’espérance de vie peut être très longue, le temps de la réflexion s’impose comme cela peut être le cas pour tout autre investissement de longue durée.

Le rosier aime croître et fleurir au soleil, dans un endroit bien aéré, légèrement ventilé pour réduire certains risques parasitaires. En général, les sols de nos régions, profonds, limono-argileux et humifères, conviennent parfaitement.

Par ailleurs, il est totalement déconseillé de planter un rosier à un emplacement préalablement occupé depuis un certain temps par un ou des rosiers, sauf si la terre est remplacée sur une profondeur de 60 à 70 centimètres. Une autre solution est la mise en jachère de la parcelle concernée pendant deux ou trois ans ou d’y cultiver pendant une période analogue un engrais vert, comme par exemple l’œillet d’Inde ou tagète, la phacélie, etc. La justification de cette précaution est la suivante. On raconte que le rosier a coutume de « marquer son territoire » en diffusant des toxines pour créer des conditions défavorables en cas de plantation d’un nouveau plant. En réalité, des nématodes (exemple : Pratylenchus penetrans), parasites des tissus corticaux des jeunes racines, se multiplient dans le sol et ils provoquent des nécroses, portes ouvertes pour des ravageurs secondaires, notamment des champignons microscopiques. Il est évident que le sol peut aussi être appauvri en fertilisants et devenir plus acide si la parcelle n’a pas été parfaitement entretenue durant des années. Enfin, si le nouveau rosier vise à remplacer un rosier mort suite à l’attaque de l’un ou l’autre parasite, celui-ci peut toujours être présent et être prêt à infecter le nouvel arrivant.

Quant à la période idéale pour planter un rosier à racines nues, elle se situe entre novembre et mars, lorsque la température extérieure est restée sous les 7° Celcius pendant quelques jours, et bien entendu en dehors de toute période de gel. Dès que la végétation repart à la fin de l’hiver, par exemple lorsque les Forsythia commencent discrètement leur floraison, il est trop tard pour planter. En effet, l’activité cellulaire du rosier en hiver se situant au niveau des racines, l’objectif est donc de planter tôt pour que ces dernières reprennent lentement leur croissance dans le sol afin de « fabriquer leur nid racinaire ». Quant aux rosiers en conteneur, ils peuvent être plantés toute l’année, mais en dehors des moments de gel ou de sécheresse. Toutefois, la période la plus favorable est celle citée ci-dessus.

2° Pour l’achat, l’idéal est d’acquérir des rosiers à racines nues chez l’obtenteur ou le pépiniériste qui les cultive, les plants ayant été déterrés récemment. Tout achat de rosiers présentés dans un endroit chauffé est donc à proscrire. Il faut aussi regarder avec attention les rameaux. Ces derniers doivent être bien vert, ni marron ou noir, signe de mortalité avancée due au gel, ou fripés, signe de sécheresse. Le rosier doit être endormi, ne montrant aucun développement précoce des bourgeons, ce qui ne sera pas nécessairement le cas pour des plants en conteneur achetés au printemps.

Figure 1. Mise en jauge

De plus en plus, l’achat se fait à distance et les rosiers sont expédiés par un transporteur. En principe, la durée entre l’expédition et la réception est courte. Néanmoins, il faut être attentif à la date de préparation du colis, aux conditions d’emballage des plants et à celles des rosiers à leur arrivée. Si nécessaire, toute réclamation est accompagnée des photographies des défauts constatés sur les végétaux.

Enfin, si au moment de la réception des rosiers, leur mise en terre à l’emplacement prévu n’est pas possible, il faut les placer en jauge, idéalement le long d’un mur orienté au nord (figure 1).

Etape 2 : la plantation

1° Avant de prendre la bêche, il faut parfois « habiller » le rosier avec un sécateur, en sectionnant à la base l’un au l’autre rameau mort, vieux ou trop court, une tige trop faible (brindille) ou abîmée. Nous conseillons de tailler les autres branches saines de façon très modérée (figure 2).

Figure 2. Le rosier avant et après son habillage

Les racines desséchées ou blessées sont supprimées ; celles qui seraient trop longues peuvent être réduites.

2° Le trou de plantation est bien entendu fonction du développement du plant acquis (figure 3). Il doit être plus profond que la hauteur séparant le collet ou point de greffe des terminaisons racinaires et sa largeur est de l’ordre d’une quarantaine de centimètres (au moins deux largeurs du fer de la bêche).

Figure 3. Un rosier n’est pas l’autre !

Le fond du trou et les parois sont ameublies. La terre extraite du trou est bien décomposée. Elle est mélangée, d’une part, avec dix litres d’un amendement riche en matière organique naturelle de qualité supérieure (20 à 25 % de matière organique), et, d’autre part, avec une à deux poignées (environ 50 grammes) de fumier séché en granulés (formule NPK : 4-3-2).

3°. Le rosier est alors soutenu par la main gauche, si besoin gantée ; il est placé verticalement au milieu du trou en veillant à ce que le collet soit enterré légèrement (un à deux centimètres) et que les racines y soient bien réparties (figure 4).

Figure 4. Positionnement du rosier dans le trou de plantation

A l’aide de la main droite, le trou est rempli de terre préparée aux deux tiers de la hauteur ; elle est tassée fortement. Si nécessaire, on tire les branches vers le haut légèrement pour remonter le rosier et placer son point de greffe à la bonne hauteur.

Dans la partie supérieure du trou non encore comblé, on y déverse encore quelques litres d’eau. Ainsi, les poches d’air sont parfaitement éliminées et la terre colle aux racines. L’eau ayant percolé, le trou est fermé et à nouveau tasser, en veillant une fois encore à ce que le collet soit juste sous le niveau du sol.

Si la terre est suffisamment humide, le dépôt d’eau n’est pas nécessaire, mais le positionnement adéquat du point de greffe et le tassement de la terre restent indispensables, éventuellement en plusieurs phases (figure 5).

Figure 5. Rosier planté selon l’art

Enfin, tenant compte du type de sols argileux de nos régions, il faut signaler que nous préférons la technique de « mise en terre » décrite ci-dessus à celle du « pralinage » des racines du rosier qui consiste à tremper ces dernières dans une boue liquide composée d’argile et de terreau à base de tourbe.

4° Avant la plantation d’un rosier grimpant, il convient d’installer et d’enterrer préalablement tous les supports sur lesquels les branches charpentières seront fixées. Quant à la profondeur de la plantation, elle est plus profonde encore ; si le rosier va évoluer sur un mur, les racines sont orientées dans la direction opposée à ce dernier.

Enfin, pour un rosier tige, c’est-à-dire celui dont le point de greffe se trouve en haut du tronc du sujet porte-greffe, le support vertical est à prévoir dans le trou de la plantation et il doit être enfoncé plus profondément que ce dernier. Dès la plantation terminée, il faut fixer le tronc au support par des liens horticoles adéquats et souples, munis d’écarteurs en caoutchouc, pour éviter l’étranglement de la tige en vieillissant.

Etape 3 : entretien après la plantation

1° Pour savoir si la plantation est réussie, il suffit d’observer le gonflement des bourgeons dès les premiers beaux jours du printemps. Une fois arrivée la saison estivale, si rien ne se passe, il faut alors se résigner et hélas prévoir de recommencer l’opération l’hiver suivant.

2° Au cours de la première année de la plantation et en cas de sécheresse, nous suggérons d’arroser régulièrement les jeunes pieds de rosiers.

3° Pour terminer, nous conseillons de ne pas tailler les rameaux lors de la première année de la culture : laissons le rosier récupérer, aidons le à s’implanter et à découvrir son milieu de vie ! Observons-le simplement au cours de la première année en intervenant régulièrement pour supprimer les fleurs fanées et favoriser ainsi la croissance végétative.