Les revoilà : Rosa primula est en fleur

J.J.Claustriaux
Président du Jury permanent
Royal Concours International de Roses Nouvelles du Roeulx
Avril 2015

1-Enfin elles sont de retour

Ce ne sont pas les hirondelles, mais bien les premières roses qui sont de retour, en cette fin du mois d’avril dans le Conservatoire des roses, après quelques jours de beau temps qui ont réchauffé le sol et quelques heures de pluies qui furent salutaires pour activer la croissance des rosiers.
Depuis plusieurs jours, les premiers boutons se formaient ; mais ce matin, quelle belle surprise : Rosa primula nous offrait ses premiers magnifiques petits pétales jaunes.
Sans précipitation, venez, vous aussi, la découvrir dans les jardins de l’ancien Hôpital Saint-Jacques, sachant que ce sera en réalité une invitation pour lui rendre ensuite d’autres visites. En effet, toute la floraison abondante et parfumée des rosiers non remontants, ne démarrera effectivement que dans quelques jours pour se poursuivre jusqu’à la fin juin. En parcourant les jardins du Concours International, ce sera aussi l’occasion d’admirer la beauté des jeunes pousses foliaires reperçant après la taille, aux couleurs allant du vert tendre au rouge foncé.
Profitons de cette invitation (paragraphe 1) pour décrire cette première venue (paragraphe 2) et ensuite regarder un rosier avec les yeux du botaniste (paragraphe 3).

2-A propos de Rosa primula

Rosa primula Boulenger (figure 1) est un rosier « sauvage » découvert par Meyer, un collectionneur américain, en 1890 au nord de la Chine.
Le nom de l’espèce (primula) a été choisi car les pétales sont jaune pâle, rappelant la couleur de la fleur de la primevère (Primula vulgaris).
Le rosier est un arbuste qui peut atteindre deux mètres en hauteur et trois mètres en largeur. Le feuillage est très léger composé de très petites feuilles dont les 9 à 15 folioles sont brillantes, à l’odeur d’encens lorsqu’elles sont jeunes.
Les fleurs simples et solitaires n’apparaissent qu’une seule fois au début du printemps (rosier non remontant). Leur diamètre varie de 3 à 4 cm. Elles sont légèrement parfumées et formées de 4 à 8 pétales.
Les faux fruits, ronds et d’un rouge brun, tombent rapidement.

Figure 1 – Rosa primula (Claustriaux, 27-04-2015)

Figure 1 – Rosa primula (Claustriaux, 27-04-2015)

3-Lorsque le botaniste regarde la Rose…

Dans la nature, les rosiers botaniques ou « sauvages », souvent appelés églantiers dans notre région (Rosa canina), forment un genre de plantes, le genre Rosa dans la famille des Rosaceae, originaires des régions tempérées et subtropicales de l’hémisphère nord. Ce sont des arbustes et arbrisseaux pérennes, sarmenteux et épineux.
Il y a plus de 500 espèces, variétés et hybrides spontanés (Masure, 2013) classés en sous-genres et sections. Ainsi, Rosa primula fait partie du sous-genre Eurosa et de la section des Pimpinellifoliae (Testu, 1984). Selon Giannotti (2011), Rosa canina serait une des plus anciennes espèces connues.
Décrivons un rosier type en ne considérant que ses spécificités (Wikipedia, 2015).
1° Les tiges aériennes arquées portent des aiguillons (figure 2). Ceux-ci, souvent appelés épines par erreur. Ils sont des excroissances de l’épiderme, alors que les premières citées partent du xylème ou bois intérieur.
Tout aiguillon peut ainsi être enlevé sans blesser l’écorce qui entoure la tige. La science n’apporte aucune réponse à l’utilité de ces aiguillons si ce n’est pour permettre au rosier sauvage de s’accrocher aux plantes qui l’entourent et de se tenir droit vers la lumière, comme c’est le cas avec Rosa canina et ses aiguillons crochus. Les aiguillons sont aussi parfois remarquables et c’est alors à ce titre qu’une variété présente un intérêt notamment défensif vis-à-vis des animaux ou pour la beauté de ses jeunes aiguillons grands, rouges et translucides (Rosa omeiensis Pteracantha ; synonyme : Rosa sericea var. Pteracantha).

Figure 2 - Aiguillons (Claustriaux, 2012)

Figure 2 – Aiguillons (Claustriaux, 2012)

2° Les feuilles sont opposées, caduques (parfois persistantes), composées avec une foliole terminale, présentant le plus souvent de cinq (forme sauvage) à sept folioles, au limbe elliptique acuminé et au bord dentelé (figure 3) à un point tel qu’il fait parfois penser aux canines d’un chien (Giannotti, 2011), d’où la dénomination de Rosa canina. Signalons aussi que Rosa sericea déjà citée a des feuilles à quatre folioles et une mutation de Rosa gallica, en comporte dix.

Figure 3 - Feuilles : hêtre ou rosier ? (Claustriaux, 2012)

Figure 3 – Feuilles : hêtre ou rosier ? (Claustriaux, 2012)

Les feuilles sont munies de stipules à la base du pétiole. Ces stipules sont des appendices foliacés adhérant au pétiole sur leur longueur, parfois libres, rarement absents. Leur forme est variable selon les espèces : entière, dentée, pectinée, lobée, ovale, arrondie, etc.
3° Les fleurs à la corolle de couleur voyante, rose, rouge, jaune, mais aussi blanche, sont solitaires ou groupées en corymbes de quelques fleurs. Le réceptacle floral prend la forme d’une espèce d’urne qui contient les carpelles dont les styles émergent par l’ouverture centrale resserrée (hypanthe). Il porte à son sommet les autres pièces florales. Ce sont des fleurs simples, à symétrie radiale comme une étoile (actinomorphe).
Le calice est composé de cinq pièces de couleur verte. Les sépales peuvent être simples ou de forme plus complexe, lobés latéralement.
La corolle comprend souvent cinq pétales réguliers, caducs, à onglet étroit et au limbe étalé échancré en forme de cœur. Cependant, Rosa sericea et Rosa omeiensis n’ont que quatre sépales et quatre pétales ; elles constituent à nouveau une exception. La corolle peut être plus rarement double ou pleine par transformation d’étamines en pétales, du fait de mutations spontanées, conservée par sélection dans les formes cultivées.
L’androcée est composé de très nombreuses étamines disposées en verticilles concentriques, généralement en nombre multiple de celui des pétales.
Le gynécée est formé de pistils séparés (polycarpe) et comprend de nombreux carpelles uniovulaires et libres (apocarpiques). Les carpelles sont couverts de poils et portent un long style qui se termine par des stigmates ouverts au niveau des étamines au centre de la fleur. Les styles sont libres, sauf chez certaines espèces dont les styles sont soudés en une colonne qui émerge de façon proéminente au centre de la fleur. Chaque carpelle contient un unique ovule anatrope pendant. Les glandes à nectar (nectaires) attirent les insectes et favorisent la pollinisation, principalement entomophile.
4° A maturité, ce réceptacle se transforme en un faux-fruit charnu, le cynorrohodon, souvent surmonté par les sépales desséchés (figure 4). Celui-ci est arrondi, ovale ou piriforme, en général de couleur rouge ou rouge orangé, mais il peut parfois être plus sombre, pourpre foncé à noir, comme chez Rosa pimpinellifolia. Il contient de nombreux akènes, fruits secs indéhiscents (vrais fruits) contenant une seule graine, issus de la transformation des carpelles.

Figure 4 - Cynorrhodon et akènes, Rosa canina (gauche) et Rosa rugosa (droite) (Claustriaux 2012)

Figure 4 – Cynorrhodon et akènes, Rosa canina (gauche) et
Rosa rugosa (droite) (Claustriaux 2012)

4-Références bibliographiques

Giannotti H. (2011). Les roses. Découvrir. Installer. Découvrir. Grenoble, Gléna, 111 p.
Masure P. (2013). Guide des rosiers sauvages. Paris, Delachaux et Niestlé, 256 p.
Testu C. (1984). Les roses anciennes. Paris, Flammarion, 247 p.
Wikipedia (2015) : http://fr.wikipedia.org/wiki/Rosier. Consultation le 27 avril 2015.