A la découverte des parfums de la Rose

J.J.Claustriaux
Président du Jury permanent
Royal Concours International de Roses Nouvelles du Roeulx
Mai 2015

1-Initiation

Le Conservatoire des Roses est maintenant en pleine floraison ; c’est le moment de venir découvrir toutes les senteurs !

Pour l’amateur qui souhaite débuter dans la recherche des parfums, je suggère une technique simple.

Comme « mise au nez », on peut repérer quelques espèces, variétés ou hybrides pour tenter de mémoriser les quatre types de parfums proposés par Giannotti [2011]. Des exemples de Roses qui les dégagent sont repris ci-après (figures 1 à 4).

Figure 1 - Parfum poudré et doux : Rosa X centifolia, var. Fantin Latour (Claustriaux, 2015)

Figure 1 – Parfum poudré et doux : Rosa X centifolia, var. Fantin Latour (Claustriaux, 2015)

 Figure 2 - Parfum lourd et sucré : Rosa X damascena, var. Mme Hardy (Lauwers, 2004)


Figure 2 – Parfum lourd et sucré : Rosa X damascena, var. Mme Hardy (Lauwers, 2004)

Figure 3 - Parfum citronné : Rosa portlandica, var. Rose de Rescht (Claustriaux, 2015)

Figure 3 – Parfum citronné : Rosa portlandica, var. Rose de Rescht (Claustriaux, 2015)

 Figure 4 - Parfum musqué : Rosa X moschata, var. Sally Holmes (Lauwers, 2004)


Figure 4 – Parfum musqué : Rosa X moschata, var. Sally Holmes (Lauwers, 2004)

A la suite de quoi, on peut sentir les fleurs d’autres variétés, non seulement, pour les classer en fonction des quatre étalons énoncés ci-dessus, mais aussi, pour affiner les découvertes.

Comme vous le constaterez certainement, sentir une Rose, c’est tout un apprentissage. De plus, la perception des fragrances peut être bien différente d’une personne à l’autre, ou si l’on préfère d’un nez à l’autre !

2-Pour en percevoir davantage

Pour découvrir davantage un parfum et tenter d’approcher le nez d’un parfumeur professionnel, je vous propose de vous accompagner de la manière suivante.

Tout d’abord, je laisse souvent quelqu’un d’autre me dire : « sens comme cette Rose sent bon ».

Alors, je m’en approche et la main droite frôle la fleur pour diriger l’air vers le nez (premier nez). Ainsi, j’essaye d’abord d’identifier la « tête » du parfum, les notes olfactives les plus fugaces ou « esprit du parfum » pour découvrir la famille des odeurs des agrumes (citron, mandarine, orange, bergamote, géranium, etc.) et celle des aromates (anis, lavande, citronnelle, etc.).

Ensuite, le nez plus près de la fleur, j’inspire légèrement (deuxième nez). Ainsi, je m’attache au « cœur du parfum » ou « personnalité » de celui-ci, en cherchant dans la famille des fleurs une ou des notes fleuries (oeillet, jasmin, lilas, violette, muguet, etc.), dans celles des odeurs fruitées (framboise, poire, pomme, pêche, rhubarbe, etc.), dans celles des notes épicées (girofle, muscade, cannelle, etc.) ou enfin, parmi celles des notes « vertes » (gazon, feuille, etc.).

Finalement, après une pause, j’inspire profondément (troisième nez). Je cherche dans le « fond du parfum », parmi les notes qui persistent longtemps et qui sont plus lourdes, c’est-à-dire parmi les notes boisées (cèdre, patchouli, mousse, etc.) et balsamiques (vanille, héliotrope, etc.).

Pour illustrer ce qui précède, découvrons le parfum de la Rose ‘Mc Cartney’ ou ‘Meizeli’(figure 5). Il est annoncé comme intensément Rose de Mai, ce qui pour moi ne veut absolument rien dire !

Figure 5 - Rosa Mc Cartney (Claustriaux, 2015)

Figure 5 – Rosa Mc Cartney (Claustriaux, 2015)

Pour cette variété, je perçois une tête légèrement citronnée et un cœur rempli de violette ; ce parfum persiste dans le fond, aussi longtemps que les pétales sont vivants, même séparés de la plante.

Comme exemple d’une odeur d’épices, du clou de girofle en particulier, citons les fleurs de Rosa rugosa, var. Frau Dagmar Hastrup (figure 6).

Figure 6 - Rosa rugosa, var. Frau Dagmar Hastrup (Claustriaux, 2015)

Figure 6 – Rosa rugosa, var. Frau Dagmar Hastrup (Claustriaux, 2015)

3-Vous avez dit parfum ?

Les senteurs d’une Rose ne sont pas constantes, ni en intensité, ni en durée ; elles peuvent se modifier en fonction de l’évolution de la fleur. Elles sont idéalement perçues le matin entre dix et douze heures, lorsque, sous nos latitudes, le soleil a réchauffé l’atmosphère, entre 16 et 22° C, et en l’absence de vent.

Il faut évidemment signaler que toutes les roses ne sont pas nécessairement parfumées. De plus, lorsqu’on parle du parfum de la Rose, souvent il y a une idée préconçue, celle de vouloir percevoir une odeur « agréable », ce qui n’est pas nécessairement le cas. Ainsi, la fleur de Rosa foetida, var. Persiana (figure 7) sent l’odeur de la punaise et la fleur de Rosa primula (voir Chronique 2) celle de l’encens.

Figure 7 – Rosa foetida, var. Persiana (Claustriaux, 2015)

Figure 7 – Rosa foetida, var. Persiana (Claustriaux, 2015)

Quant aux molécules gazeuses du parfum, elles peuvent provenir de différentes parties de la fleur, principalement des cellules des pétales [Gilly, 1997], mais aussi des étamines et même des feuilles. C’est le cas en particulier de Rosa rubiginosa, var. Eglanteria (figure 8) dont le froissement des feuilles laisse percevoir le parfum de la pomme verte.

Figure 8 – Feuilles de Rosa rubiginosa, var. Eglanteria (Claustriaux, 2015)

Figure 8 – Feuilles de Rosa rubiginosa, var. Eglanteria (Claustriaux, 2015)

Et si vous froisser les poils qui entourent les sépales de Rosa X centifolia, var. Quatre saisons blanc mousseux (figure 9), vous sentirez une odeur de camphre.

Figure 9 – Bouton de Rosa X centifolia, var. Quatre saisons blanc mousseux (Claustriaux, 2015)

Figure 9 – Bouton de Rosa X centifolia, var. Quatre saisons blanc mousseux
(Claustriaux, 2015)

4-Quelques précautions…

Les senteurs de la Rose sont parfois si subtiles à découvrir qu’il est vivement conseillé de ne pas se parfumer pour les percevoir. Quant aux fumeurs, il vaut mieux les inviter à regarder la Rose de loin pour n’en apprécier que ses couleurs !

Enfin, avant de faire la révérence à la Rose, assurez-vous qu’une abeille ou un autre insecte ne vous a pas déjà devancé !

Je vous souhaite d’agréables découvertes : la merveilleuse guirlande de la Rose ‘Nevada’ n’attend que vous pour éclore (figure 10).

Figure 10 – Rosa Nevada (Claustriaux, 2015)

Figure 10 – Rosa Nevada (Claustriaux, 2015)

5-Quelques références

Giannotti H. [2011]. Les roses. Découvrir. Installer. Entretenir. Grenoble, Grénat, 111 p.

GILLY G. [1997]. Les plantes à parfum et huiles essentielles à Grasse. Paris, L’Harmattan, 372 p.